La candidose digestive

Merci beaucoup à notre ami le DR Joël Liagre , micronutritionniste , phytothérapeute, pour cet article sur la candidose digestive.

Les candidoses chroniques digestives sont des affections qui touchent des millions de personnes dans le monde, mais qui sont  paradoxalement peu reconnues, aussi bien des patients que des médecins.

Ces maladies insidieuses, car elles n’ont pas de symptômes particulièrement démonstratifs, affaiblissent le système immunitaire et altèrent  le potentiel santé des sujets atteints, en entraînant de nombreuses perturbations fonctionnelles difficiles à relier à une même origine.

Les candida

Les candida figurent parmi les 10 micro-organismes pathogènes les plus fréquemment
isolés.Ce sont des champignons de type levure, qui vivent  dans l’intestin humain et les cavités  naturelles de l’Homme, urogénitales et oro-pharyngées généralement  en petit nombre.

A l’état d’équilibre ou de latence  dans le tube digestif,  son développement est inhibé par les lactobacteries et les bifidobacteries  de la flore intestinale.
Lorsqu’il se produit une rupture d’équilibre en faveur des Candida, en cas d’altération des barrières locales, déséquilibre de la flore, déficit immunitaire,  ceux-ci se développent en grand nombre, et cette prolifération les rendent pathogènes, entraînant une multitude de symptômes extrêmement variés et peu spécifiques.

–         A l’état inoffensif,  saprophyte ( notion controversée )  il est sous forme de levure

–         Lorsqu’il devient pathogène,  il se transforme en champignon et se présente sous forme de filaments , mycéliums qui peuvent migrer et coloniser d’autres milieux

A l’état d’équilibre dans le tube digestif,  son développement est inhibé par les lactobacteries et les bifidobacteries  de la flore intestinale
Les Candida se développent surtout en milieu acide , de pH 2 au pH 4 , mais peuvent  survivre jusqu’à pH 9, ce qui explique la grande adaptabilité de ces champignons et leur résistance

Facteurs prédisposants de la candidose

le déséquilibre de la flore intestinale, consécutifs aux antibiothérapies, est un des principaux  facteurs locaux qui favorisent la prolifération des Candida . Tous les antibiotiques sont impliqués, et certains ( Tetracyclines ) auraient même un effet stimulant direct sur les Candida
L’une des principales causes est d’ordre nutritionnel, une alimentation riche en sucres raffinés, le Candida aime le sucre . Il est en effet capable de produire des peptides qui traversent la barrière intestinale et hémato-encéphalique et stimulent l’envie de sucre.

En fait, tous les types de sucre sont impliqués, les fruits sucrés…
Mais aussi les produits laitiers fermentés, les graisses saturées, l’excès de viande ( car il ne faut pas oublier que de nombreux antibiotiques sont ajoutés à l’alimentation animale ) , tous facteurs alimentaires qui vont altérer la flore intestinale  acidophile
De nombreux médicaments, les corticoïdes, les pilules contraceptives , la prise d’anti-acides, si fréquente de nos jours dans le traitement du reflux gastro-oesophagien ( RGO )
La suralimentation en général, car dans ce cas les capacités digestives sont dépassées, surtout si l’on ne mastique pas bien

Conséquences Physiologiques

La candidose chronique produit

–   un effet irritatif direct sur les muqueuses digestives, avec pour conséquence l’apparition de stomatite, oesophagite, gastrite, colite
–  une fragilisation de la muqueuse intestinale, avec hyper-perméabilité, permettant le passage d’antigènes alimentaires, bactériens, perturbant gravement le système immunitaire

Les mécanismes moléculaires, qui expliquent les manifestations à distance de la candidose, sont maintenant bien connus :
Le Candida albicans produit au moins 35 peptides, qui en raison de l’hyper-perméabilité intestinale, traversent  la muqueuse digestive et se retrouvent dans le sang, d’ou ils vont perturber le fonctionnement cérébral, et le système immunitaire.

La plus connue est la candidine,qui est neurotoxique.
Le Candida transforme les sucres en alcool, avec formation d’ acétaldéhyde, qui, passant dans le sang, perturbe la production de la dopamine, un neurotransmetteur, ce qui est à l’origine de nombreux troubles psychiques, dépression, irritabilité, troubles de mémoire, etc…
l’acétaldéhyde à une capacité à modifier la structure des protéines qui ne fonctionnent plus normalement ( cela concerne de nombreuses substances actives de notre organisme, des hormones aux enzymes ) . Les protéines modifiées par l’acétaldéhyde pourraient être responsable de nombreuses réactions auto-immunes , au cours desquelles le système immunitaire attaque ses propres cellules.
En bloquant le fonctionnement hormonal ,en modifiant les  récepteurs hormonaux en se liant aux protéines, l’  acétaldéhyde peut entraîner en particulier un dysfonctionnement thyroïdien ( hypothyroïdie )

Le Candida produit de l’acide tartarique, analogue ( parent chimique très proche ) de l’acide malique, produit clé du cycle de Krebs, série de réactions métaboliques dans nos cellules et fournisseur essentiel de l’énergie.

L’acide tartarique vient en compétition avec l’acide malique et bloque le cycle de Krebs ; il y a donc une diminution importante de la production d’ ATP, substrat énergétique indispensable au système nerveux , aux muscles,  d’ou l’explication de la fatigue, physique et mentale, retrouvée quasiment en permanence dans les formes chroniques de candidoses.

Les signes de la candidose

Très nombreux, peu spécifiques, ce qui explique que les médecins et les patients ne pensent pas souvent à la candidose

– des signes digestifs : stomatite, aphtes, colite avec flatulences, ballonnements, ( y penser lorsque ceux-ci surviennent immédiatement après le repas ) , pyrosis, troubles du transit, démangeaisons anales que rien ne calme.
– une fatigue progressive et inexpliquée, quasi constante, pouvant aller à la fatigue chronique.
– des troubles psychiques, état dépressif, anxiété, irritabilité, troubles du sommeil, troubles de la concentration et la mémoire, migraine.
– des troubles du comportement alimentaire, en particulier l’attraction pour le sucré.
– des infections gynécologiques et urinaires à répétition.
– des problèmes dermatologiques, eczéma, acné, psoriasis, mycoses des ongles ( onychomycoses )  donc la fréquence est en perpétuelle augmentation.
– des allergies, cutanées, respiratoires, alimentaires.
– des perturbations du système immunitaire, pouvant donner des pathologies complexes, maladies auto-immunes, fibromyalgie (ou l’on retrouve souvent le Candida comme facteur déclenchant,) maladie de Crohn.

Dans toutes ces situations, surtout si elles sont désespérément chroniques ,et résistent à tous les traitements , penser à la candidose digestive.

Diagnostic de la candidose

Là aussi, les choses ne sont pas évidentes

♦ le diagnostic sérologique : difficile à interpréter.

En effet, la recherche d’anti-corps anti-Candida peut poser le problème de faux positifs en cas de candidose superficielle concomitante.L’ interprétation de la sérologie est délicate et pose le problème de la distinction entre la colonisation et l’infection ( notion de seuil d’anticorps , à partir de quels taux peut-on considérer le test comme positif ? )
Le test sérologique le plus fiable est  par hémagglutination . Sa positivité signe en fait une hyper-perméabilité intestinale.

♦ l’analyse de selles et la mise en culture, qui met en évidence  la présence de nombreuses colonies de Candida albicans est la technique la plus simple et la plus rapide, corroborant alors la symptomatologie. Elle doit être faite par un laboratoire qui établi un comptage des colonies.

Traitement des candidoses digestives

1 – Les antimycosiques

Souvent indispensables dans les formes locales ( mycoses de la peau, mycoses vaginales), ces traitements efficaces sur le moment, ne permettent en rien de régler le problème de fond.
La prise d’antifongiques oraux doit être limitée aux infestations massives retrouvées à l’analyse de selles, ou aux candidoses buccales ( muguet, glossite ) importantes , en limitant le traitement à 10 jours, car la prise de médicaments antimycosiques ne permet pas de d’éradiquer les candida, l’infection se reproduisant à l’arrêt du traitement.
Il est indispensable d’y associer un certain nombre de mesures qui permettront de contenir le développement des champignons : L’alimentation et les thérapeutiques naturelles y tiennent une large place.

Incontournable, la rééducation alimentaire
L’arrêt des sucres raffinés est la première des mesures à prendre. Il faut couper les vivres au champignon !

Tous les sucres rapides doivent être supprimés : le sucre blanc raffiné, mais aussi le miel, le sucre brun , ainsi que les boissons sucrées ( soda ), les pâtisseries
–  Les fruits très sucrés devraient aussi être évités, du moins au début
–  Limiter les aliments riches en hydrates de carbone, le pain ( surtout blanc ), le riz, les légumes comme les carottes, les petits pois, maïs, pomme de terre, etc.., ainsi que les fromages fermentés, et chez les gens qui ont une hyper-perméabilité intestinale marquée, le lait de vache et les produits laitiers qui souvent aggravent l’inflammation locale. Il convient néanmoins d’être pondéré dans l’exclusion des glucides car leur suppression quasi totale ne permet pas, à elle seule, d’éradiquer le candida. Ne pas tomber dans les excès.
La suppressions des médicaments favorisant les candidoses est également incontournable : corticoïdes bien sur , mais aussi les anti-acides ( une candidose chronique peut être une des causes  du RGO ! )

2 – Les Probiotiques

Indispensables également, car comme nous l’avons vu, le développement des Candida est inhibé par les
lactobacteries et les bifidobacteries  de la flore intestinaleSurtout après la prise répétée d’antibiotiques, la flore est mise à mal et ne peut plus exercer son rôle de régulation vis à vis des pathogènes colonisant l’intestin.
Plusieurs souches probiotiques, en particulier L acidophilus NCFM et Lactobacillus acidophilus candisis  ont fait la preuve de leur efficacité pour inhiber la croissance des Candida.

L’utilisation conjointe des prébiotiques ( Inuline ) permet de nourrir et d’augmenter le nombre des colonies de lactobacilles.
Le traitement par les probiotiques devra être poursuivi de longs mois.

3 – Les huiles essentielles

L’aromathérapie à fait la preuve de son efficacité dans les traitements locaux des candidoses. Le traitement de la candidose digestive chronique peut faire appel également  aux huiles essentielles, par des prises au long cours et de manière discontinue, et pendant de longs mois.

Citons :

Le Ravinstara (  cinnamonum camphora  ), le  Geranium ( pelargonium  asperum  ), le  Citron  ( citrus lomonum  ), la sauge ( salvia officinalis ),le laurier ( Laurus nobilis ), le Lemongrass ( Cymbopogon citratus ), et enfin le Tea tree(  Melaleuca alternifolia La prescription d’huiles essentielles par la voie buccale doit être faite par des thérapeutes expérimentés.

4- Le autres thérapeuteiques

Ail
c’est un puissant antifongique naturel.
il peut être pris cru tous les jours, mais la prise de capsules d’extrait d’ail est sans doute plus agréable.

L’extrait de pépin de pamplemousse
Très efficace, non toxique, il doit être pris sous forme de gouttes , dilué dans de l’eau.

L’Echinacea
Plante immunostimulante, à démontré qu’elle diminue la fréquence des récidives des mycoses chroniques.

Le Lapacho
Plante sud-américaine qui contient deux substances, la xyloidine, et un alcaloÏde le lapachol, qui confèrent à la plante une action antimycosique importante.

Conclusion

La plus grande difficulté, dans les candidoses digestives chroniques, est d’y penser ,et de faire les liens entre une foule de symptômes peu spécifiques et la présence de colonies de Candida albicans dans l’intestin.
L’analyse de selles est le seul examen fiable et rapide permettant de confirmer le diagnostic.

Le traitement, long, passe par la modification du terrain favorisant le développement  de ces champignons insidieux, la correction alimentaire et la prise au long cours de probiotiques étant les deux piliers incontournables.

Dr Joël Liagre  http://www.blog-micronutrition.com/a-propos